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03/05/2013

LE CHEMIN D'ECOLIER DE LA COLLINE AUX OISEAUX

 

Enseignante à l'école Henri Wallon, je constate tous les jours que les élèves ont beaucoup de difficulté à se concentrer et que la présence permanente d'écrans, sous la forme de télé,de jeux, ou, dans cette nouvelle école, de tableaux numériques, ne fait qu'accentuer ce phénomène.

Dans un univers fait de béton et d'écrans, je me réjouissais que nous ayons, juste à côté de l'école, la colline aux oiseaux, morceau de garrigue préservé entre la route et les immeubles. Je m'en réjouissais d'autant plus que j'ai pu constater la beauté de la flore à cet endroit. Au printemps, j'ai donc travaillé avec mes élèves sur la connaissance des plantes de la colline aux oiseaux qui est pour eux leur environnement réel immédiat, leur chemin d'écolier.

Hélas, un après-midi, le vacarme assourdissant d'une pelleteuse juste à côté du terrain de sport m'alerte. L'engin était en train de ronger la colline et déracinait au passage tout ce qui était là, en particulier un arbre de Judée tout en fleur. Triste spectacle. Est-ce ainsi que la municipalité de Nîmes fête l'arrivée du printemps ? J'ai appris que la justification à cela était le risque d'éboulement. Faut-il rappeler que c'est la construction de l'école qui, en rongeant le bas de la colline, a créé ces risques d'éboulement ? N'aurait-il pas été judicieux de concevoir l'école en fonction du relief afin d'éviter ce problème ?

Le fait de ronger encore un peu plus la colline ne résout pas le problème mais l'aggrave puisque le mur de terre devient encore plus haut, n'est plus retenu par les racines des végétaux et va donc, fatalement, s'ébouler aussi. Interrogeant le conducteur de la pelleteuse sur ce qu'ils allaient faire, celui-ci m'a répondu qu'il ne le savait pas. Il supposait qu'on allait plaquer des grillages pour retenir la terre, comme sur le bord des autoroutes. Devant l'entrée de l'école, le problème est le même.

Au nom de la sécurité, il a été construit un escalier de béton pour permettre aux élèves de rejoindre le chemin. C'est d'une laideur choquante. Pourquoi si laid ? Dans la même semaine, j'ai constaté une nouvelle attaque à la pelleteuse. Cette fois, en plein au milieu de la colline. On m'explique qu'elle est en train de tracer un chemin d'écoliers. Mais un chemin tracé à la pelleteuse ne peut pas être joli et agréable : il est trop large, remue trop la terre, déchiquète les plantes des abords. Il ressemble à ces chemins dits « coupe-feu » en garrigue, faits pour faire passer des engins, pas pour les piétons.

Tout cela est révélateur d'un manque de respect pour cette nature, ainsi que pour les enfants et toutes les personnes qui vivent là. Dans le contexte des récents abattages d'arbres à Pissevin (acacias abattus dans un square, micocouliers autour de la cité Universitaire), ceci est inquiétant. Tant d'argent est mis dans des équipements-gadgets qui veulent donner une image « moderne » et il n'y aurait pas d'argent pour faire convenablement un mur de soutènement en pierre sèche qui n'enlaidisse pas la colline mais l'embellisse ? Et pourquoi ne pas travailler avec les habitants de ce quartier, avec l'école, avec les enfants, pour tracer et entretenir de vrais chemins piétonniers au lieu de ce massacre à la pelleteuse ?

Nous y gagnerions en sérénité et nous aurions moins besoin d'aller chercher les belles choses dans le monde virtuel puisque la nature nous les offre, gratuitement et généreusement, par ces plantes, ces arbres, le relief de cette terre, pas seulement à la campagne mais aussi dans ces espaces urbains.

 

 

Une enseignante de l'école Henri Wallon, (quartier Pissevin, Nîmes).

 

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